Je me suis sentie un peu seule aujourd’hui face à ce que
j’ai traversé.
Les 15 minutes les plus stressantes de ma vie en tant que
praticienne.
Imaginer le pire parce que le client qui habituellement est toujours là 5 minutes avant n’arrive pas.
La dépression, les pensées
suicidaires et l’avoir laissé 2 semaines plus tôt dans un état de souffrance
que le pire traverse réellement mon esprit.
15 minutes à attendre si le client va arriver avant de
fermer la porte du cabinet. Et surtout à espérer qu’il va suffisamment bien
pour ne pas avoir commis le pire.
Lui faire un message pour lui rappeler que je l’attends.
Et continuer à imaginer ce qui pourrait se passer de pire
dans la vie contemporaine du client.
Me rappeler lui avoir dit deux semaines plus tôt que c’est le moment où il devrait tenir bon et surtout ne pas lâcher la thérapie alors que son système nerveux montre une envie intense de se retirer du monde.
Lui
rappeler que je suis là, que cet espace est le sien et qu’il est important. Me
souvenir qu’il m’a dit : « Ça me fait du bien de te parler et je
ferai tout pour ne pas lâcher la thérapie. »
Ne pas le voir 5 minutes avant l’heure dans la salle
d’attente et sentir qu’aujourd’hui ne sera pas comme d’habitude.
Tapoter l’index sur la table.
Respirer.
Attendre.
Préférer que le lien ne soit pas encore bien tissé et qu’il
m’ait oubliée que d’imaginer le pire…
Me demander si je n’ai pas de nouvelles, qu’est-ce que je
fais ?
Attendre et me demander si j’appelle après les 15 minutes posé par mon cadre.
Et si c’est la famille qui décroche ?
Et là penser… Je suis seule face à moi-même, à mes choix, à mon humanité, à mon éthique, à mon cadre ?! Et je vis pour la première fois les 15 minutes les plus longues et angoissantes de ma pratique.
Attendre un client qui n’arrive pas, parfois c’est aussi ça.
M’inquiéter pour lui. Me demander ce qui a bien pu se passer entre les séances.
Me demander comment il a traversé sa vie et s’il tient le coup.
Lui envoyer un message et lui dire que je l’attends, que ce
n’est pas habituel chez lui, que je suis inquiète et espérer que ce n’est qu’un
contre-temps.
Le connaître suffisamment pour savoir les pensées qu’il
pourrait avoir s’il a oublié et qui inhibe sa reprise de contact.
Imaginer toutes les configurations possibles.
Et puis envoyer un message encore. Lui rappeler que je suis
là, que s’il a oublié la séance, que ce n’est pas grave, je suis là pour la
prochaine séance, que notre lien reste intact et qu’il revienne vers moi poser
un autre RDV.
Puis essayer de rester tranquille. Continuer à vivre ma
journée avec cette boule au ventre. Non pas faire comme s’il ne se passait
rien. Rester connecter à la vie avec cette émotion. Et puis juste faire
confiance au lien que nous avons commencé à créer. Lui faire confiance, croire
qu’il retrouvera le moyen de reprendre contact avec moi.
Et recevoir des heures plus tard des excuses puis un merci
pour le message et pour la présence. Un message qui dit que cela l’a beaucoup
aidé et une demande de reprise de RDV.
Le lien est là. Fragile. Mais là.
Même si un moment, j’aurais pu perdre pied. Si je n’avais pas fait attention à sa structure et ses propres schémas, j’aurai pu distordre ce lien, prise moi-même par le réveil que provoque les silences de l’autre dans le lien chez moi. Alors j’ai dû m’accueillir un instant, comprendre que l’anxiété qui s’active m’appartient. M’accueillir pour pouvoir ensuite me mettre de côté.
Et lui envoyer le message qui nous a permis de nous remettre
dans la relation.