"Il ne faut pas de tout pour faire un monde, il faut du bonheur et rien d'autre." Paul Eluard


“ L'écriture est un exercice spirituel, elle aide à devenir libre. ” Jean Rouaud

“ L’écriture est à la fois une façon d’être dans l’humanité et au plus près de l’humain. ” Philippe Claudel

3 juillet 2017

Combat pour la dignité

 

C’est de mon lieu de travail que je m'installe ici pour venir poser ces quelques mots… Dans la projection de fermeture de notre service, il y a de moins en moins d’enfants, puisque petit à petit nous trouvons des places pour eux ailleurs.

La semaine passée a été d’une forte intensité, aujourd’hui, malgré le fait que nous sommes au front avec ma collègue Flo, c’est un sentiment de fatigue que je ressens… Ce weekend, il m’a été difficile de me mobiliser, et un repos si ce n’est pas un weekend de long sommeil, a été nécessaire pour pouvoir reprendre en ce début de semaine.

Nous avons ressenti beaucoup d’émotions… Alors que le Directeur Général de notre « super association » nous a déconseillées de prendre la parole lors de l’Assemblée Générale ce vendredi, nous y avons participé pour pouvoir porter nous-mêmes notre parole afin d’évoquer la situation dans laquelle nous nous trouvons. Notre « super DG » nous expliquait il y a quelques jours qu’il craignait que cette prise de parole nous desserve… Mais qu’elle bonne intention Monsieur le Directeur Général ! Nous qui n’avons déjà plus rien à perdre !
Avant de prendre la parole, nous voyons tout au long de la matinée défiler des films touchants, des témoignages du travail accompli dans d’autres structures… Un vrai moment de gloire et de satisfaction pour Monsieur le Président de la « Super association » !

Avec ma collègue, nous savions que notre intervention allait venir casser cette super ambiance ! Car dans la présentation des projets, dans l’évocation du travail investi par les « Super Grands » de notre « Super association », à aucun moment ils n’ont évoqué la fermeture de notre service… Bien que notre « super Directeur Général » a bien dit qu’il en toucherait deux mots et qu’il n’était pas nécessaire que nous prenions la parole…

« Une pensée pour les professionnels de « La super structure » qui sont en difficultés et que nous accompagnons personnellement. »

Monsieur le « Super Directeur Général », et à quel moment comptiez-vous parler en toute transparence ? A quel moment comptiez-vous dire aux autres dans quelle merde nous sommes vraiment ? Aviez-vous donc si peur que cette prise de parole nous desserve ou plutôt qu'elle déstabilise vos projets ?

Ok ! Nous avons ri jaune avec ma collègue Flo ! Mais bon, chacun sa bataille et chacun défend ses intérêts… C’est de bonne guerre ! Car dans tout cela, je vous l’accorde, nos échanges ont toujours été corrects et respectueux. Notre bataille, nous la menons dignement ! De votre côté même si vous nous sous-entendez le contraire, vous ne nous empêchez pas d’aller au combat.

Depuis cette « super Assemblée de notre super association », je peux vous le dire ! Mon estomac en est encore tout retourné. Je n’ai jamais pris la parole devant autant de monde, je n’ai jamais eu à vivre ce genre d’expérience… Je n’ai jamais eu à pleurer avec une collègue lors d’un discours… et à continuer d’exposer cette situation difficile en versant des larmes, en tremblant d’émotion et de tristesse…

Dans tout cela, je retiendrai le regard soutenant, rempli d’émotion et fier de notre chef de service. Le silence que nous avons amené dans la salle. La voix de ma collègue, tremblante et douce qui raconte, dit les choses avec professionnalisme. La complicité entre elle et moi qui nous a permis de prendre ce courage-là pour dire ce que notre « Super association » a tu. D’avoir ensemble osé parler avec nos tripes et touché l’Assemblée qui s’est levée pour nous applaudir.

Monsieur le « super Directeur Général », vous savez que notre combat n’est pas encore terminé et que bon gré, mal gré vous… vous ne pourrez pas nous refuser d’aller rencontrer les « supers membres du Conseil d’Administration. »
Rendez-vous sur la dernière ligne du front…

Et quoiqu’il arrive… Simone Veil me porte aujourd’hui… Elle qui a perdu la vie pendant que nous, nous étions debout, à nous battre… Sa disparition ce jour-là a pris encore plus de sens pour moi…


« Je crois, toujours, que cela sert à quelque chose de se battre. Et quoi qu’on dise, l’humanité, aujourd’hui, est plus supportable qu’hier. »

« Les regrets que j’ai, c’est de ne pas m’être battue assez sur tel ou tel sujet. »
Simone Veil.

Merci Madame Veil… nous savons pour quoi nous nous battons, même si nous avons peu de chance d'obtenir ce que nous demandons… au moins nous savons pourquoi nous le faisons…

                                                                                                   Ju’

2 commentaires:

  1. Eh oui ! Parait que cela fait désordre une prise de parole de salariés devant un directeur, même pas super, alors lors d'une assemblée générale ! Vous pensez ! Pourtant il en faut des courageux qui osent et s'ils étaient plus nombreux, ce sont les directeur même pas supers qui feraient désordre dans une assemblée de salariés ! Allez courage les filles ! Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent et les seules batailles perdues d'avance ce sont celles qu'on ne mène pas. Mais vous pourrez vous regarder dans une glace et sortirez grandies d'un tel combat. On apprend toujours quelque chose pour plus tard.

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    1. Tu es revenue de vacances ?!! :-) :-) :-)


      "Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent et les seules batailles perdues d'avance ce sont celles qu'on ne mène pas. Mais vous pourrez vous regarder dans une glace et sortirez grandies d'un tel combat. On apprend toujours quelque chose pour plus tard."
      Je suis bien d'accord avec toi !

      Merci Délia

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