"Il ne faut pas de tout pour faire un monde, il faut du bonheur et rien d'autre." Paul Eluard


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“ L’écriture est à la fois une façon d’être dans l’humanité et au plus près de l’humain. ” Philippe Claudel

lundi 4 mars 2019

L’intention dans le langage…






Cela fait un moment que je recherche dans ma relation à l’autre la nécessité d’employer à bon escient les mots justes pour communiquer.

Il y a bien des années maintenant, je m’étais rendu compte à quel point chaque mot employé m’engageait, à différents degrés, dans ma relation à l’autre. Je me suis notamment rendu compte à quel point ma parole n’avait aucune valeur dès lors que je n’y mettais pas consciemment une intention. Ce qui avait engendré derrière des difficultés relationnelles et un manque de confiance de l’autre vis-à-vis de moi.

Dernièrement, il m’a été souvent pointé du doigt le fait que j’étais trop sensible face aux mots, trop sensible par rapport aux communs des mortels. Et que parfois même, il était difficile de s’adresser à moi sans avoir en souci de peser les mots, à réfléchir sur les termes employés par peur de me froisser. En réalité, je ne me froisse pas, je tique sur leur emploi et je l’exprime.

Mais il est vrai que je suis très sensible aux mots, à ceux qui sont dits, ce qui sont susurrer à demi-mots et mêmes à ceux qui ne sont pas dits. Même les mots parfois mal employés - selon moi - sont extrêmement signifiants pour moi.
Depuis quelques années maintenant, cet aspect-là, qui constitue l’être social que nous sommes, a une importance pour moi. Notamment parce que dans mes premières interactions et communication, les mots et la parole n’avaient aucune valeur. Les mots s’envolaient mais pourtant, l’acte symbolique était fort et s’inscrivait dans mon être, puis plus tard dans mon rapport aux autres.

Quelle valeur accordons-nous donc aux mots ? Notamment dans notre relation aux autres ?
Parce que dans mon expérience et même sans le vouloir, leurs énergies déploient une vibration chez moi… Les mots ont une profondeur, un sens, un pouvoir. Le pouvoir de nous traduire dans nos intentions, dans notre être.

Le langage offre la possibilité de communiquer, communiquer invite à l’échange et à une forme de socialisation et donc à la relation.
Le langage, la parole que nous offrons à l’autre, engage. Comment est-il possible pour moi, désormais consciente de cela, de ne pas en tenir compte ?

Hannah Arendt disait : « Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. » C’est bien là pour moi une réalité sur ce que je perçois du pouvoir des mots.


Les mots sont un signifiant, une symbolique, qui transmettent à eux seuls notre perception, notre vision du monde, nos représentations sociales. Ils offrent un corps à nos émotions, mettent en mouvement nos intentions, construisent pour une part notre relation aux autres. Ils sont autant une manifestation d’amour que de destruction.  

Quand on a conscience de cela, peut-on les employer sans les mesurer ?
J’associe peut-être un peu trop les mots aux intentions. Mais c’est ainsi que je les marie, c’est ainsi que je les manie.

Pourtant, je ne dis pas par là que je suis toujours en train de les penser, de les réfléchir, de les mesurer. Je ne suis pas constamment dans cette recherche du mot juste. Je n’en finirai jamais.

Lorsque j'entends, écoute, la parole de l’autre, on me pense régulièrement dans une analyse extrême… et pourtant… je les perçois seulement à travers mes propres représentations, je les ressens au-delà de ce qu’ils sont : une énergie qui circule, une intention posée, une esquisse du monde interne de celui/celle qui les emploie.

Pourtant, je n’ai pas un lexique très développé. Mon stock de vocabulaire est très restreint. Je passe mon temps à chercher mes mots dans l’intention de pouvoir être au plus près de ce que je voudrais exprimer ou faire ressentir à l’autre. Je peux être parfois gauche, mais j’ai conscience de ce que je peux provoquer chez l’autre. 
Je constate chaque jour que beaucoup de conflits se créent parce qu’en réalité, nous sommes tous et toutes sensibles à l’intention qui passe à travers le langage, à travers les mots que nous employons.  C’est pourquoi je porte une attention particulière à revenir à chaque fois sur ma façon de communiquer.

Je terminerai cet article avec cette phrase de Merleau Ponty que je viens à l'instant de trouver sur la toile pour tenter de traduire ma pensée, mais je vous avouerai avoir eu du mal à l'exprimer…

« La parole nous permet de rejoindre une intention qui va au-delà du sens des mots »

5 commentaires:

  1. La difficulté est aussi que nous avons tendance à interpréter les intentions distillées dans les mots des autres.
    Si quelqu'un nous dit « tu m'énerves » on le ressent comme une agression, ou un reproche, ou etc.… alors qu'en finale l'autre n'a jamais simplement dit que « je suis énervé »...
    Ben oui, la balle est dans son camp…
    Malheureusement ainsi se forment bien des tensions et des conflits qui, si on regarde de plus près, n'en valent même pas la chandelle !

    Et puis de toute façon, l'autre emploie les mots qu'il veut, je n'ai pas de pouvoir là-dessus. Sa parole lui appartient. Et l'opinion que je m'en fais n'est pas systématiquement une bonne chose de lui exprimer.
    Parfois : « le silence est d'or ». Par égard et par délicatesse envers l'autre.

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    1. La communication bienveillante :-) :-)
      MERCI car je tends et tente de me rapprocher au fil des années de cela.

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  2. Douces pensées, Ju'
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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  3. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ?
    J'espère que tu vas bien…
    bisous

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